"Quand Marine monte, j' vote à droite, à droite,

Pour qu'elle r'descend, j'vote Bertrand "

(hymne du PS, 2015. Pcc Cuvelier-de Saintignon)

vendredi 14 septembre 2012

Analyse de Frédéric Fillion-Quibel - Permanence de la mauvaise tenue du PS dans l'Oise


Cher camarade,

J’ai été surpris par la persistance de la mauvaise tenue du PS dans l’Oise lors des dernières présidentielle et législatives.
Au 1er tour François Hollande arrive en 3è position, avec moins de 25% des suffrages exprimés (et moins de 20% des inscrits !). Il reste minoritaire au 2ème tour avec un peu plus de 47% des voix (4 % de moins qu’en France).
Il n’est majoritaire que dans la seule 7ème circonscription (Creil Nord-Clermont) avec 51.5%)

Le fait de détenir ou d’avoir conquis Conseil Général, Conseil Régional et nombre de villes d’importance n’a eu aucun effet, au contraire. Dans la foulée de la présidentielle, alors que les législatives ont été marquées en France par une vague exceptionnellement favorable aux socialistes, dans l’Oise c’est l’effet inverse : à l’exception de Michel Françaix, député sortant, qui l’améliore, tous les candidats de gauche perdent au moins 5 pts par rapport au score de François Hollande au 2nd tour de la présidentielle (1)
- 6,6% à Beauvais Nord (Hollande 48,6/Lejeune-Viguier 41,9)
- 5% à Beauvais Sud (Hollande 43,9/Houssin-Aubry 38,9) avec une triangulaire
- 7,5 à Compiègne Sud (Hollande 49,6/PRG 42,15)
- 5% à Compiègne Nord (Hollande 47,7/ PC 42.7), avec une triangulaire
- 5,4% à Clermont-Creil (Hollande 51,5/Gewerc-Massein 46.1)

Les raisons de ces échecs redoublés ne peuvent être imputées à un climat national défavorable à la gauche et aux socialistes ; il convient sans doute de les rechercher localement. Dès lors, il faudrait être en capacité de s’interroger sans tabou ni langue de bois :

-Quelle est l’image du PS de l’Oise dans le département ?
-La stratégie électorale fédérale était-elle adaptée aux enjeux ?
-Les campagnes départementale et locales ont-elles été à la hauteur ?
-Les candidats étaient-ils the right men in the right place ? (2)


1 – L’image du PS de l’Oise est mauvaise.

Sans remonter à la génèse, tout commence par l’éviction de Gilles Seguin, par les moyens déloyaux que l’on sait, et la mise en place d’une équipe d’animation (sic) fédérale sous la houlette de Jean-Claude Villemain.
Une direction sectaire et opaque, s’ensuivent les problèmes de trésorerie bien connus, le feuilleton dans la presse, les exclusions, les Fauchoiseries, etc.
Son successeur, Béatrice Lejeune, a passé deux ans à éteindre le feu, ou plutôt à l’étouffer : s’il est vrai qu’un audit des finances fédérales à été réalisé, on n’a toujours aucune idée précise de ce à quoi a été utilisé le million d’euros dépensé en 18 mois du primosecrétariat de JC Villemain. Ce contrairement aux promesses faites par son successeur.

Ce débat sur la médiocrité de nos résultats aurait dû avoir lieu en Conseil Fédéral, parlement du Parti. Il n’en a rien été : en l’absence de rapport émanant d’un fantômatique Secrétariat aux élections, pourtant nécessaire, une seule intervention critique, celle du Secrétaire de la section de Crépy, Rodrigue Fernandez, vite renvoyé dans ses cordes et prié de se taire par l’ensemble de la Nomenclatura isarienne (sic) chargeant en meute.
Nos instances, Conseil et Bureau Fédéraux, ne sont plus des instances de débat ou d’échanges. Ce sont des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs. Leur composition implique leur nature : ils sont  composés majoritairement d’élus, de leurs affidés, de leurs employés. Comment dès lors manifester un quelconque esprit critique ?
Ce système a rendu autistes nombre de nos responsables, qui vivent hors-sol, entourés de courtisans, de petits marquis, d’employés, et de béni-oui-oui qui les caressent toujours dans le sens du poil. Bien souvent ils se haussent du col, mais pourtant le sens politique commun leur échappe. Pour preuve, ils ont soutenu Lôôrent (Fabius) contre Ségolène en 2007, applaudi DSKK en 2010, et bifurqué chez Martîîîne en 2011 dès que le vent d’Amérique a commencé à sentir le sperme. En 2012 les mêmes se poussent sans vergogne du col et tueraient père et mère pour être sur la photo quand la Fraise des bois, le Flamby, celui qui n’avait pas le niveau, descend une rue de Creil.

Dernier point : scrutin après scrutin, nous nous plaignons de ce que le Front national est haut dans l’Oise. Ce n’est pas nouveau. Nous avons correctement analysé le tropisme du petit blanc venu de la Région Parisienne, qui ne veut plus voir ni nègres ni bougnoules (en pensée socialiste unique : issus de la diversité). Dans le même temps nous avons intériorisé, voire légitimé ce tropisme. Que n’avons-nous pas entendu, dans nos rangs même, sur la candidature d’Abdel Mokhtari, qui ne collait pas avec le paysage ? Certains des thèmes que nous avons enfourchés, développés, ne flattent-ils pas l’inconscient du petit blanc en question ? Que doit-on penser de cette volonté identitaire et communautariste forcenée, avec les Isariens et les Picards, la prétendue langue picarde, les Touche pas à ma Picardie, Fier d’être Picard, et autres. Je vous le demande, demain : la Picardie aux Picards ?


2 - La Stratégie de l’équipe fédérale dirigeante

Elle a consisté essentiellement à assurer des places aux membres du clan, et notamment aux membres du 1er cercle. Ce fut déjà le cas lors des régionales, qui ont vu disparaître tout ce qui n’était pas fabiusien (ou néo ou crypto-fabiusien). Pour les législatives, c’était d’abord la volonté de sanctuariser la 7è circonscription au profit du Président du CRP, Claude Gewerc. Et pour s’assurer qu’on n’y mettrait pas une femme, un candidat de la diversité, un Borgel ou un partenaire, la direction a donné tout le reste. Sauf la circonscription de Michel Françaix à laquelle on ne pouvait (n’osait) pas toucher.

Ainsi les circonscriptions réservées « femme » ont fait l’objet, si l’on se réfère aux précédentes législatives, d’un jeu de chaises musicales entre Compiègne, Beauvais et Chantilly. De même, la direction fédérale a été généreuse avec nos partenaires, en leur concédant in fine 3 circonscriptions sur 7.

Il convient ici de souligner la faute commise à Compiègne Nord, où le candidat parachuté par le MRC a fait presque jeu égal avec le PCF, preuve que si l’on avait écouté les camarades du coin, la circonscription pouvait être gagnée par le PS. Ce n’était pourtant pas les bons candidats du cru qui manquaient.

Le dispositif fédéral était globalement mauvais, sa médiocrité est cruellement sanctionnée par son résultat : nul.
Il n’a pas été compris par les militants, auxquels on n’a d’ailleurs même pas pris la peine d’aller l’expliquer, et qui bien souvent sont restés l’arme au pied. Pas apprécié non plus semble-t-il par certains élus, qui auraient paraît-il traîné des pieds, voire carrément fait le jeu de l’adversaire, si l’on en croit les rancoeurs exprimées çà et là par des candidats battus, tout cela dans la presse locale, ce qui est toujours plus courageux que de s’en expliquer en tête à tête ou face à face dans nos instances adéquates… 
Il est possible que la responsabilité de l’échec soit collective. Qu’au moins elle soit proportionnelle aux responsabilités assumées par les uns et par les autres. Mais notre direction fédérale est irresponsable : à la différence des généraux qu’on limoge après une défaite, ceux-là, ou leurs clones, vont s’accrocher !
On ne change pas une équipe qui perd 


3 – Les campagnes

La stratégie fédérale que je viens d’évoquer a induit des mécontentements, des turbulences, des hostilités qui doivent aussi être appréciées circo par circo.
Sur Compiègne Sud par exemple, l’affaire était mal engagée : cette circonscription, qui avait connu en son temps un député socialiste, était  réservée femme depuis 1997. La candidate habituelle, Laurence Rossignol, parachutée en son temps, avait préféré le confort d’une élection au Sénat sur liste plutôt qu’un Xième face à face plus qu’aléatoire avec le député de droite sortant qui l’avait déjà battue 3 fois. La ciconscription réservée femme depuis 15 ans a été donnée sans tambour ni trompette à un candidat PRG, par ailleurs déjà Maire et Conseiller Régional (3). Aucun responsable (?) fédéral n’a pris la peine de venir l’expliquer aux militants, le mécontentement a généré, ou a tout le moins favorisé, une candidature dissidente, les militants ne se sont pas mobilisés, malgré les discours convenus et les éditos militaires de la Lettre Fédérale, laquelle voit toujours et partout les militants socialistes mobilisés, en ordre de marche, de bataille, en campagne, prêts à en découdre, et tout le toutim. Sans doute voit-on cela du haut des marches des palais de la République ; vu de la rue…


4 – Les candidats

Quoiqu’il m’en démange, je n’aborderai pas les questions des personnes, laissant à chacun de nos candidats malheureux (4) le soin d’en tirer pour ce qui les concerne les leçons et les conséquences qui devraient pourtant s’imposer lorsqu’on se prétend responsable.
En revanche, leur statut politique est intéressant. Tous étaient des militants capés, tous élus territoriaux, conseillers généraux ou surtout régionaux, parfois même les deux. Or cela n’a rien apporté. Au contraire ?
On observera même que tous les conseillers régionaux candidats aux législatives, y compris dans l’Aisne (Anne Ferreira à St Quentin) et dans la Somme (Valérie Kumm à Péronne) sont battus, voire étrillés.
Chacun tirera ce qu’il veut de cette observation faite non sans malice, mais interrogeons nous : le bilan du Conseil Régional de Picardie est-il à ce point mauvais qu’il ait en quelque sorte plombé nos candidats ? Et celui du Conseil Général de l’Oise ?

J’ai bien peur que nous ne nous fassions des illusions sur la manière dont est ressentie, vécue par nos concitoyens l’action des collectivités territoriales que nous dirigeons. A y regarder de près, ce n’est pas forcément seulement le ressenti qu’ils en ont.

Pour l’avenir, les prochaines élections locales seront les régionales, possiblement dans 2 ans. Elles seront à très haut risque. L’établissement des listes et les désignations sont pour demain (1 an). Ne conviendrait-il pas de travailler d’ores et déjà à un renouvellement des listes, rajeunies, sociologiquement diverses, ouvertes, et ne pas se résigner d’avance à la perte de la Région, si l’on devait proposer à l’électeur de Picardie une liste composée des mêmes battus du Suffrage Universel ?

Dès lors se pose la question éthique du cumul des mandats, dont l’électeur a une perception différente de celle qu’en a la nomenklatura socialiste. Parce que l’électeur se rend bien compte que ces mandats cumulés, c’est in fine du travail mal fait, bâclé.
Le cumul des mandats et des indemnités qui vont avec est arrivé à un niveau qui frise l’écoeurement, en tous cas l’indécence, et les reculades de nos élus en la matière sont scandaleuses, surtout après que les militants se sont prononcés sans appel pour le bannir. Martine Aubry vient d’adresser un courrier à nos parlementaires, pour leur rappeler la règle et nos engagements. Rien n’y fait : nos trois parlementaires font de la résistance :Yves Rome, Sénateur et Président du CG, qui préside sa comm de comm, des syndicats, des assoc, des unions, des CA, sans oublier la dynamique UDESR (super-lol). Laurence Rossignol, Sénatrice, encore vice-présidente du CRP, deux élections sur liste s’il vous plait ! Michel Françaix, moins grave, député–maire de Chambly. On aurait pu parler, si l’électeur n’en avait décidé autrement, du Président du Conseil Régional, Claude Gewerc, qui aspirait à devenir député et avait dit vouloir tout garder. On pourrait aller encore plus loin avec des conseillers régionaux parfois vice-présidents qui sont maires ou adjoints, et en plus vice-présidents de leur communauté d’agglo (Béatrice Lejeune, JF Dardenne, Philippe Massein); voire même conseiller général et conseiller régional (Thibaud Viguier)! On a bonne mine ensuite de dénoncer la fusion projetée des deux collectivités alors qu’on fait nous-même chaque jour la démonstration que cela ne pose aucun problème et qu’on peut tout faire.
Et tout ce petit monde exerce (occupe ?), en plus, des responsabilités dans le parti, locales et même nationales. On a vu comment !

Que penser de cette accumulation capitalistique des mandats ? Pas très partageux!
Bien entendu tous ces élus cumulards collectionnent les mandats pour le bien de la nation, et en aucun cas pour s’octroyer un pouvoir qui les transforme en potentats locaux ou accumuler les indemnités et prébendes y afférentes. N’empêche que le cumul des mandats est un obstacle à la percée de talents, à l’irruption de nouveaux venus, au mélange des professions, des origines sociales et des sexes, condition nécessaire pour que la nation ait des élus à son image, et dans laquelle plus d’un Français sur deux aurait envie de voter.
L’abstention dans l’Oise s’est étagée entre 40 et 50 %. Cela ne pose pas question ?

Pour clore (provisoirement), en ce temps qui aurait dû être de préparation de Congrès, la Fédération n’a rien à dire, ne veut rien entendre. Elle ne veut pas rendre de comptes, et fait tout pour éviter qu’on lui en demande. Elle n’organise rien. Un édredon bureaucratique sans imagination ni talent.
Aujourd’hui pilotée par des clones, demain par des drônes ?




                          Frédéric Fillion-Quibel
Section d’Estrées St-Denis
Membre du Conseil Fédéral, Membre du Conseil National du PS



(1) Je laisse de côté l’écologiste qui à Chantilly fait curieusement 1% de plus.
(2) Anglicisme pudique visant à se demander si les candidats étaient les bons.
(3).Le faire élire Conseiller Régional sur la liste du PS en 2010 lui a donné une existence ; de ce point de vue, une imbécillité au plan politique.
(4) Mais sans illusions 




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