Cher
camarade,
J’ai
été surpris par la persistance de la mauvaise tenue du PS dans l’Oise lors des
dernières présidentielle et législatives.
Au
1er tour François Hollande arrive en 3è position, avec moins de 25%
des suffrages exprimés (et moins de 20% des inscrits !). Il reste
minoritaire au 2ème tour avec un peu plus de 47% des voix (4 % de moins qu’en
France).
Il
n’est majoritaire que dans la seule 7ème circonscription (Creil Nord-Clermont)
avec 51.5%)
Le
fait de détenir ou d’avoir conquis Conseil Général, Conseil Régional et nombre
de villes d’importance n’a eu aucun effet, au contraire. Dans la foulée de la présidentielle,
alors que les législatives ont été marquées en France par une vague
exceptionnellement favorable aux socialistes, dans l’Oise c’est l’effet
inverse : à l’exception de Michel Françaix, député sortant, qui
l’améliore, tous les candidats de gauche perdent au moins 5 pts par rapport au
score de François Hollande au 2nd tour de la présidentielle (1)
- 6,6% à Beauvais Nord (Hollande 48,6/Lejeune-Viguier
41,9)
- 5% à Beauvais Sud (Hollande 43,9/Houssin-Aubry 38,9)
avec une triangulaire
- 7,5 à Compiègne Sud (Hollande 49,6/PRG 42,15)
- 5% à Compiègne Nord (Hollande 47,7/ PC 42.7), avec
une triangulaire
- 5,4% à Clermont-Creil (Hollande 51,5/Gewerc-Massein
46.1)
Les
raisons de ces échecs redoublés ne peuvent être imputées à un climat national
défavorable à la gauche et aux socialistes ; il convient sans doute de les
rechercher localement. Dès lors, il faudrait être en capacité de
s’interroger sans tabou ni langue de bois :
-Quelle est
l’image du PS de l’Oise dans le département ?
-La stratégie
électorale fédérale était-elle adaptée aux enjeux ?
-Les campagnes
départementale et locales ont-elles été à la hauteur ?
-Les candidats étaient-ils the right men in
the right place ? (2)
1 – L’image du PS de l’Oise
est mauvaise.
Sans
remonter à la génèse, tout commence par l’éviction de Gilles Seguin, par les
moyens déloyaux que l’on sait, et la mise en place d’une équipe d’animation
(sic) fédérale sous la houlette de Jean-Claude Villemain.
Une
direction sectaire et opaque, s’ensuivent les problèmes de trésorerie bien
connus, le feuilleton dans la presse, les exclusions, les Fauchoiseries, etc.
Son
successeur, Béatrice Lejeune, a passé deux ans à éteindre le feu, ou plutôt à
l’étouffer : s’il est vrai qu’un audit des finances fédérales à été
réalisé, on n’a toujours aucune idée précise de ce à quoi a été utilisé le
million d’euros dépensé en 18 mois du primosecrétariat de JC Villemain. Ce
contrairement aux promesses faites par son successeur.
Ce
débat sur la médiocrité de nos résultats aurait dû avoir lieu en Conseil
Fédéral, parlement du Parti. Il n’en a rien été : en l’absence de rapport
émanant d’un fantômatique Secrétariat aux élections, pourtant
nécessaire, une seule intervention critique, celle du Secrétaire de la section
de Crépy, Rodrigue Fernandez, vite renvoyé dans ses cordes et prié de se taire
par l’ensemble de la Nomenclatura isarienne (sic) chargeant en meute.
Nos
instances, Conseil et Bureau Fédéraux, ne sont plus des instances de débat ou
d’échanges. Ce sont des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs.
Leur composition implique leur nature : ils sont composés majoritairement d’élus, de leurs
affidés, de leurs employés. Comment dès lors manifester un quelconque esprit
critique ?
Ce
système a rendu autistes nombre de nos responsables, qui vivent hors-sol,
entourés de courtisans, de petits marquis, d’employés, et de béni-oui-oui qui
les caressent toujours dans le sens du poil. Bien souvent ils se haussent du
col, mais pourtant le sens politique commun leur échappe. Pour preuve, ils ont
soutenu Lôôrent (Fabius) contre Ségolène en 2007, applaudi DSKK en 2010, et
bifurqué chez Martîîîne en 2011 dès que le vent d’Amérique a commencé à sentir
le sperme. En 2012 les mêmes se poussent sans vergogne du col et tueraient père
et mère pour être sur la photo quand la Fraise des bois, le Flamby, celui
qui n’avait pas le niveau, descend une rue de Creil.
Dernier
point : scrutin après scrutin, nous nous plaignons de ce que le Front
national est haut dans l’Oise. Ce n’est pas nouveau. Nous avons correctement
analysé le tropisme du petit blanc venu de la Région Parisienne, qui ne
veut plus voir ni nègres ni bougnoules (en pensée socialiste
unique : issus de la diversité). Dans le même temps nous avons
intériorisé, voire légitimé ce tropisme. Que n’avons-nous pas entendu, dans nos
rangs même, sur la candidature d’Abdel Mokhtari, qui ne collait pas avec
le paysage ? Certains des thèmes que nous avons enfourchés, développés, ne
flattent-ils pas l’inconscient du petit blanc en question ? Que
doit-on penser de cette volonté identitaire et communautariste forcenée, avec
les Isariens et les Picards, la prétendue langue picarde,
les Touche pas à ma Picardie, Fier d’être Picard, et autres. Je
vous le demande, demain : la Picardie aux Picards ?
2
- La Stratégie de l’équipe fédérale dirigeante
Elle
a consisté essentiellement à assurer des places aux membres du clan, et
notamment aux membres du 1er cercle. Ce fut déjà le cas lors des
régionales, qui ont vu disparaître tout ce qui n’était pas fabiusien (ou néo ou
crypto-fabiusien). Pour les législatives, c’était d’abord la volonté de sanctuariser la
7è circonscription au profit du Président du CRP, Claude Gewerc. Et pour
s’assurer qu’on n’y mettrait pas une femme, un candidat de la diversité, un
Borgel ou un partenaire, la direction a donné tout le reste. Sauf la
circonscription de Michel Françaix à laquelle on ne pouvait (n’osait) pas
toucher.
Ainsi
les circonscriptions réservées « femme » ont fait l’objet, si l’on se
réfère aux précédentes législatives, d’un jeu de chaises musicales entre
Compiègne, Beauvais et Chantilly. De même, la direction fédérale a été
généreuse avec nos partenaires, en leur concédant in fine 3 circonscriptions
sur 7.
Il
convient ici de souligner la faute commise à Compiègne Nord, où le candidat
parachuté par le MRC a fait presque jeu égal avec le PCF, preuve que si l’on
avait écouté les camarades du coin, la circonscription pouvait être gagnée par
le PS. Ce n’était pourtant pas les bons candidats du cru qui manquaient.
Le
dispositif fédéral était globalement mauvais, sa médiocrité est cruellement
sanctionnée par son résultat : nul.
Il
n’a pas été compris par les militants, auxquels on n’a d’ailleurs même pas pris
la peine d’aller l’expliquer, et qui bien souvent sont restés l’arme au pied.
Pas apprécié non plus semble-t-il par certains élus, qui auraient paraît-il
traîné des pieds, voire carrément fait le jeu de l’adversaire, si l’on en croit
les rancoeurs exprimées çà et là par des candidats battus, tout cela dans la
presse locale, ce qui est toujours plus courageux que de s’en expliquer en tête
à tête ou face à face dans nos instances adéquates…
Il
est possible que la responsabilité de l’échec soit collective. Qu’au moins elle
soit proportionnelle aux responsabilités assumées par les uns et par les
autres. Mais notre direction fédérale est irresponsable : à la différence
des généraux qu’on limoge après une défaite, ceux-là, ou leurs clones, vont
s’accrocher !
On
ne change pas une équipe qui perd
3
– Les campagnes
La
stratégie fédérale que je viens d’évoquer a induit des mécontentements, des
turbulences, des hostilités qui doivent aussi être appréciées circo par circo.
Sur
Compiègne Sud par exemple, l’affaire était mal engagée : cette circonscription,
qui avait connu en son temps un député socialiste, était réservée femme depuis 1997. La candidate
habituelle, Laurence Rossignol, parachutée en son temps, avait préféré le
confort d’une élection au Sénat sur liste plutôt qu’un Xième face à face plus
qu’aléatoire avec le député de droite sortant qui l’avait déjà battue 3 fois.
La ciconscription réservée femme depuis 15 ans a été donnée sans tambour ni
trompette à un candidat PRG, par ailleurs déjà Maire et
Conseiller Régional (3). Aucun responsable (?) fédéral n’a pris la peine
de venir l’expliquer aux militants, le mécontentement a généré, ou a tout le
moins favorisé, une candidature dissidente, les militants ne se sont pas
mobilisés, malgré les discours convenus et les éditos militaires de la Lettre
Fédérale, laquelle voit toujours et partout les militants socialistes
mobilisés, en ordre de marche, de bataille, en campagne, prêts à en découdre,
et tout le toutim. Sans doute voit-on cela du haut des marches des palais de la
République ; vu de la rue…
4
– Les candidats
Quoiqu’il
m’en démange, je n’aborderai pas les questions des personnes, laissant à chacun
de nos candidats malheureux (4) le soin d’en tirer pour ce qui
les concerne les leçons et les conséquences qui devraient pourtant s’imposer
lorsqu’on se prétend responsable.
En
revanche, leur statut politique est intéressant. Tous étaient des militants capés,
tous élus territoriaux, conseillers généraux ou surtout régionaux, parfois même
les deux. Or cela n’a rien apporté. Au contraire ?
On
observera même que tous les conseillers régionaux candidats aux
législatives, y compris dans l’Aisne (Anne Ferreira à St Quentin) et dans la
Somme (Valérie Kumm à Péronne) sont battus, voire étrillés.
Chacun
tirera ce qu’il veut de cette observation faite non sans malice, mais
interrogeons nous : le bilan du Conseil Régional de Picardie est-il à ce
point mauvais qu’il ait en quelque sorte plombé nos candidats ? Et
celui du Conseil Général de l’Oise ?
J’ai
bien peur que nous ne nous fassions des illusions sur la manière dont est
ressentie, vécue par nos concitoyens l’action des collectivités territoriales
que nous dirigeons. A y regarder de près, ce n’est pas forcément seulement le
ressenti qu’ils en ont.
Pour
l’avenir, les prochaines élections locales seront les régionales, possiblement
dans 2 ans. Elles seront à très haut risque. L’établissement des listes et les
désignations sont pour demain (1 an). Ne conviendrait-il pas de travailler
d’ores et déjà à un renouvellement des listes, rajeunies, sociologiquement diverses,
ouvertes, et ne pas se résigner d’avance à la perte de la Région, si l’on
devait proposer à l’électeur de Picardie une liste composée des mêmes battus du
Suffrage Universel ?
Dès
lors se pose la question éthique du cumul des mandats, dont l’électeur a
une perception différente de celle qu’en a la nomenklatura socialiste.
Parce que l’électeur se rend bien compte que ces mandats cumulés, c’est in fine
du travail mal fait, bâclé.
Le
cumul des mandats et des indemnités qui vont avec est arrivé à un niveau qui
frise l’écoeurement, en tous cas l’indécence, et les reculades de nos élus en
la matière sont scandaleuses, surtout après que les militants se sont prononcés
sans appel pour le bannir. Martine Aubry vient d’adresser un courrier à nos
parlementaires, pour leur rappeler la règle et nos engagements. Rien n’y
fait : nos trois parlementaires font de la résistance :Yves Rome,
Sénateur et Président du CG, qui préside sa comm de comm, des syndicats, des
assoc, des unions, des CA, sans oublier la dynamique UDESR (super-lol).
Laurence Rossignol, Sénatrice, encore vice-présidente du CRP, deux élections
sur liste s’il vous plait ! Michel Françaix, moins grave, député–maire de
Chambly. On aurait pu parler, si l’électeur n’en avait décidé autrement, du
Président du Conseil Régional, Claude Gewerc, qui aspirait à devenir député et
avait dit vouloir tout garder. On pourrait aller encore plus loin avec des
conseillers régionaux parfois vice-présidents qui sont maires ou adjoints, et
en plus vice-présidents de leur communauté d’agglo (Béatrice Lejeune, JF
Dardenne, Philippe Massein); voire même conseiller général et conseiller
régional (Thibaud Viguier)! On a bonne mine ensuite de dénoncer la fusion
projetée des deux collectivités alors qu’on fait nous-même chaque jour la
démonstration que cela ne pose aucun problème et qu’on peut tout faire.
Et
tout ce petit monde exerce (occupe ?), en plus, des responsabilités dans
le parti, locales et même nationales. On a vu comment !
Que
penser de cette accumulation capitalistique des mandats ? Pas très partageux!
Bien
entendu tous ces élus cumulards collectionnent les mandats pour le bien de la
nation, et en aucun cas pour s’octroyer un pouvoir qui les transforme en
potentats locaux ou accumuler les indemnités et prébendes y afférentes.
N’empêche que le cumul des mandats est un obstacle à la percée de talents, à
l’irruption de nouveaux venus, au mélange des professions, des origines
sociales et des sexes, condition nécessaire pour que la nation ait des élus à son
image, et dans laquelle plus d’un Français sur deux aurait envie de voter.
L’abstention
dans l’Oise s’est étagée entre 40 et 50 %. Cela ne pose pas question ?
Pour
clore (provisoirement), en ce temps qui aurait dû être de préparation de
Congrès, la Fédération n’a rien à dire, ne veut rien entendre. Elle ne veut pas
rendre de comptes, et fait tout pour éviter qu’on lui en demande. Elle
n’organise rien. Un édredon bureaucratique sans imagination ni talent.
Aujourd’hui
pilotée par des clones, demain par des drônes ?
Frédéric
Fillion-Quibel
Section d’Estrées St-Denis
Membre du Conseil Fédéral, Membre du Conseil National
du PS
(1) Je laisse de côté l’écologiste qui à Chantilly fait
curieusement 1% de plus.
(2)
Anglicisme pudique visant à se demander si les candidats étaient les bons.
(3).Le faire élire Conseiller Régional sur la liste du PS
en 2010 lui a donné une existence ; de ce point de vue, une imbécillité au
plan politique.
(4)
Mais sans illusions
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